#JVDEBOUT & #J2SDEBOUT : les initiatives en cours

Dans mon précédent post, je cherchais à savoir si le jeu vidéo pouvait jouer un rôle dans le mouvement #NuitDebout ? Il se trouve que différentes initiatives sont déjà en train de s’organiser. Voici une petite récap’ pour ceux qui voudraient joindre leurs forces à l’émulation en cours.

Le 4 avril (bien avant mon post), un dénommé Richard avait déjà posé la question d’une #GameJamDebout lors d’une soirée organisée par le Gamelier. Dans un document Framapad, disponible ici, il a résumé son projet :

Je vous contacte dans l’intention de mettre en place rapidement quelques Serious Game Jam, dans la continuité des Nuits Debouts.
Je tiens à les mettre en place maintenant, car c’est maintenant, avant que l’émulsion de certains ne retombe, que de telles Jams peuvent leur être profitables.
(…) L’objectif poursuivi : faire développer un savoir-débattre constructif et efficace. Dans ce but, faire concevoir un prototype de jeu qui permette le débat constructif, efficace, et fun.
Depuis, un forum a été créé avec pour but d’intensifier et rassembler les échanges. L’aspect encore un peu vide du forum est trompeur : différentes discussions ont lieu via teamspeak et/en présentiels. Il se dit que Les Chats Cosmiques (que je découvre à cette occasion) sont intéressés, qu’il y a des contacts à Paris, à Montreuil, en Bretagne.

Il y a aussi du mouvement à Montpellier, sans qu’il soit certain que tout ce monde soit déjà en contact.

antonyme montpellier

Bref, ça foisonne, ça tâtonne, ça agit. L’idée de #JVDEBOUT a bénéficié de la visibilité accordée par numerama (j’exprime mes quelques réserves sur l’article dans les commentaires) et la vidéo d’Ixost, ce qui va dans le bon sens. Les commentaires sous la vidéo sont souvent d’une grande qualité, ce qui est une autre raison de se réjouir.

L’étape d’après, il me semble, serait de faire converger les initiatives locales autour d’une date commune pour faire évènement. Sur le forum étincelle, on attend encore quelques porteurs potentiels de game jam locales avant de se décider.

Il semblerait intéressant d’y adjoindre un évènement virtuel pour les personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas se déplacer. La difficulté majeure de la conception de jeux étiquetés « nuit debout » est le caractère nécessairement collectif de leur conception. Si une Game Jam à distance avait lieu, pourquoi ne pas les diffuser via twtich et co-construire le(s) jeu(x) avec le public présent en ligne ?

A titre personnel je n’ai pas eu le temps de développer le prototype présenté. La formule de la GameJam me semble d’ailleurs intéressante car elle permet une forte mobilisation sur un temps court, ce qui est peut-être plus facile à mettre en œuvre qu’un travail quotidien dans la durée.


#J2SDEBOUT

Par ailleurs, une autre piste de réflexion envisagée tourne autour du jeu de société avec comme projet l’analyse et la création de jeux de société et/ou de jeux vidéo en présentiel sur les places publiques. C’est dans cet esprit que mon collègue Boris Krywicki a lancé un topic sur trictrac pour demander quelques jeux qui pourraient être pertinents à utiliser. Et malgré l’irruption un peu sauvage de la « question Finkielkraut », le fil de discussion est riche en recommandations utiles. Là, comme sur twitter, il est parfois proposé de commencer par déconstruire les mécaniques capitalistes du Monopoly : simple et efficace.

elbobo

Dès lors on peut très bien envisager, si des commissions locales s’emparent du sujet, que la #GameJamDebout soit hybride et multimodale : que l’on crée des jeux vidéo et des jeux de société dans des game jam portées dans des associations et/ou sur twitch et/ou sur les places publiques.

Avoir une date commune devrait permettre de lancer une émulation plus générale (dans les rédactions de la presse spécialisée ? dans les espaces virtuels à occuper ?) Mais pour cela il faut encore trouver quelques partenaires porteurs.

#NUITDEBOUT : Y aura-t-il des #JVDEBOUT ?

En 2016, des gens se réunissent pour parler politique, décider ensemble d’actions concrètes et appellent cela #NUITDEBOUT. A chaque AG, on l’entend : « c’est beau ce qui se passe ici ». Les participants semblent sidérés par le même constat : Oui, je peux prendre la parole, proposer, être entendu. Le jeu vidéo jouera-t-il un rôle dans ce mouvement ?

Si on devait créer un jeu sur #NUITDEBOUT, à quoi cela pourrait-il ressembler ? Guidé par cette question, j’ai créé un mini-prototype de rien du tout, appelé #JEUDEBOUT et disponible ici. Il se résume (pour l’instant ?) à un monde virtuel auquel chacun peut se connecter pour participer au chat libre (et je bataille pour y ajouter un mode AG où l’on doit s’inscrire pour prendre la parole et où l’on dispose d’un temps de parole imparti ensuite). Il est donc centré sur les modalités de prise de parole, puisqu’il me semble que c’est le point de départ de ce mouvement.
Potentiellement, un tel projet de jeu offre de vastes possibilités : d’un système de vote à un mode manifestation, en passant par des mini-jeux incitant à la collaboration ou un stand de pain-saucisse. On pourrait aussi y ajouter des liens vers les différents médias du mouvement (périscopes, radios, vidéos youtubes, etc.), etc. Ce moment de possibles répond à #NUITDEBOUT : tout semble faisable, alors que réaliser et dans quel ordre ? Le processus de décision pourrait être intégré au jeu pour obtenir un espace virtuel et ludique autogéré.

Je ne suis pas un développeur de jeux vidéo professionnel et j’ignore si j’arriverai à développer ce prototype, pour des questions de temps et de compétences (je tiens  d’ailleurs son code à disposition de qui voudrait). Ce n’est pas tellement mon propos. J’aimerais surtout proposer aux gamedev, aux indés, aux étudiants en game design, aux amateurs, aux fans, aux modders, aux hackers, aux codeurs de l’open source, aux chercheurs, aux assos, aux critiques et aux joueurs à s’emparer de la thématique NUITDEBOUT. Concernant les professionnels du jeu vidéo, leurs conditions ne travail sont régulièrement décrites comme problématiques, ils ne devraient donc pas avoir plus de mal que les autres à trouver un ancrage concret pour leur engagement.

Les modes d’actions sont multiples, en voici quelques-uns (j’ajouterai à la liste ce qui sera proposé en commentaire) :

  • Lancer une #GAMEJAMDEBOUT
  • Concevoir des jeux en commissions et les faire valider en AG
  • Lancer des ateliers de création de jeuxdebouts (voir ci-dessous pour les outils)
  • Occuper des espaces virtuels existants (dans Second Life, dans WoW, dans Minecraft)
  • Populariser des jeux existants qui s’emparent de thématiques qui font écho à #NUITDEBOUT (voir ci-dessous) et y faire jouer sur les places publiques
  • Détourner des jeux existants pour y intégrer une dimension faisant écho au mouvement.
  • Si par ailleurs des utilisateurs de Construct 2 ou autre (graphiste, etc.) voulaient donner un peu plus d’ampleur au prototype que je propose, contactez moi en commentaire.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Si ce billet vous pose question, vous donne envie d’agir, de critiquer, alors prenez la parole (en commentaire ou via #JVDEBOUT) – puisque c’est par là que tout commence.

 


 

RESSOURCES :

 

Rendre la création accessible :

S’il y avait parmi les lecteurs des personnes souhaitant créer des jeux mais ne sachant pas par où commencer, voici quelques ressources utiles :

  • Quelques logiciels facilitant la création (ordre par niveau d’accessibilité) : Scratch, RPG Maker, Construct 2, GDevelop, Game Maker, Unity.
  • Game Creation Tools Classification : Une bbd listant les logiciels de création (482)

Enfin, les sceptiques pourraient être refroidis par deux distinctions malheureusement habituelles.

  1. Jeu vidéo VS Sérieux.Pour ceux qui ignoreraient les capacités du jeu vidéo à s’emparer de sujets politiques et/ou sociaux, je recommande les jeux suivants :
    – EveryDay The Same Dream (dont je parlais ici)
    – Papers, Please
    – Dys4ia
    – Cart Life
    – September 12th
    – Phone Story
    – Avenue de l’École de Joinville
    – Sunset
    – 9.03m
    – The Stanley Parabole
  2. Réel VS Virtuel.
    Il est encore commun de voir, surtout chez les non-joueurs, une séparation entre la « vraie vie » et la fiction, le jeu, internet, les médias sociaux, le virtuel. Comme si les 30.000 personnes qui suivent régulièrement le périscope parisien de #NuitDebout sur Internet n’existaient pas vraiment. Ou – pire ! – comme si ces spectateurs accourraient sur la place en l’absence de la diffusion du direct. Dans le même esprit, nombreuses étaient les critiques contre le mouvement #OnVautMieuxQueCa : « ça ne suffit pas, le gouvernement n’entend que la rue. ». Et Usul de répondre sur Arrêt sur Images (je résume ce que j’en ai retiré) : « chaque chose en son temps ». Et effectivement, il ne s’agit pas de substituer un hashtag ou un jeu à la lutte. Mais de prendre part au processus, de participer à la convergence des luttes. D’ailleurs le prototype n’avancera pas aujourd’hui : je dois rejoindre #NUITDEBOUT à #LIEGE.

C’est dans la boite (2)

La deuxième expérimentation sur la gravité disponible ici. Le prototype est plus abouti que le premier : il y a un système de sauvegarde, un vrai niveau avec une gratification de fin.

tilemap

 

L’expérience s’appuie cette fois sur l’objet « tilemap » de Construct 2 : une fois constitué son stock de « tuiles », il suffit de « dessiner » son jeu sur une grille – ce qui permet une expérience proche de celle de RPG Maker.

 

 

Ce qu’il y a de passionnant avec la (pseudo-)programmation, c’est le fait qu’il est possible d’arriver au même résultat par des dizaines de chemins différents. Avec l’expérience, on se surprend à chercher une certaine noblesse dans l’écriture, caractérisée notamment par la simplicité et l’économie. Petite trouvaille dans cet exercice : tilemap screenshot3

Il n’est pas commode de sélectionner directement une tuile de la tilemap. Pour mes triangles qui changent l’angle de gravité, je compare donc les cases proches de mon avatar en divisant par 32 les coordonénes X et Y ce celui-ci. Par 32, car les cases du tilemap font chacune 32 px.

tilemap screenshot1

La prochaine fois, je m’attaque à la gravité des sphères.

 

Un gameplay tout tracé

Every day the same dream est une métaphore ingénieuse de la définition du jeu vidéo appliquée à la vie routinière. Ou est-ce que ses contraintes oppressantes et son invitation à penser autrement sont arrivés au parfait moment de ma vie de chercheur ? En tout cas la naissance de ce blog lui doit beaucoup, il était donc normal d’en faire le point de départ. Jouez-y.

everyday

Tous les jours, c’est la même chose. Je me tire de mon lit, je prends ma mallette, j’enfile mon costard, je salue ma femme, je prends l’ascenseur, puis la voiture, je me plains dans les bouchons, je salue mon patron qui me signale mon retard, je regagne ma case. Oui, Every day the same dream parle de la vie quand elle est chiante (celle du cadre moyen, mais qui n’a jamais connu une routine oppressante dont il ne semble plus savoir comment s’extraire ?). D’ailleurs, cette vie est en noir et blanc – si l’on omet les couleurs que crachote la télévision et cette petite feuille orange que je croise tous les matins en allant au travail. J’arrive donc dans mon bureau dans l’open space et je m’assis. Je pianote quelques chose. Et, oh, soudain, je me retrouve debout devant mon lit. Est-ce que j’ai rêvé ? La musique ne s’est pas coupé, je n’ai donc pas perdu, visiblement. Ai-je rêvé ? Est-ce que j’ai raté quelque chose ? Bon, j’y retourne. Allez, tiens, je fais le foufou : je mets pas mon costard aujourd’hui, on va bien voir ce qui se passe. , on y est.

Tous les jours, les mêmes jeux. Every day the same dream est une invitation à se débarrasser de cette fichue journée qui se répète indéfiniment. Et si je sortais de ma voiture dans ces embouteillages ? Et si je ne m’asseyais pas à mon bureau ? La rigidité de l’œuvre permet de partager l’émotion de ce personnage cadenassé, obligé de choisir parmi les quelques actions possibles. Il invite alors à jouer avec ces contraintes pour s’en extraire. A découvrir des possibilités. Et ça marche : trouver les failles est jouissif. C’est ce qu’on appelle un bon gameplay. Le gameplay, résume Sébastien Genvo (un des pionniers de la recherche sur le jeu vidéo en France, au passage), c’est l’association de deux forces qui régissent le jeu. Le game représente les règles, les structures – à la limite on pourrait dire les jeux. C’est l’obligation de marquer des buts pour gagner au foot, ou de mouvoir son fou en diagonale aux échecs. Le play, c’est le jeu : la force libre et sans contraintes, l’attitude ludique, l’envie de s’amuser, d’expérimenter des choses pour voir. C’est l’excitation de Tommy dans le bac à sable ou du hacker d’une imprimante 3D. Le gameplay, donc (qu’on continue à écrire en anglais, puisque c’est plus pratique que le jeuxjeu), c’est la tension qui résulte de l’association de l’action du joueur et des règles. Every day the same dream propose la rencontre entre une game-routine et une play-rébellion.

Tous les jours, la même thèse. Ce jeu, du studio italien (totalement dingue) Molleindustria est arrivé dans ma vie à un moment idéal. Cela faisait deux ans que je menais une thèse sur fonds propres (l’expression académique pour dire « bénévole ») et que je pataugeais dans l’étude nébuleuse de récits interactifs. A bout de souffle, je commençais à réfléchir à différentes manières de faire autre chose. J’ai découvert à peu près en même temps un logiciel de création de jeu vidéo – Construct 2 – et, dans un élan d’admiration, je me suis mis à recréer chez moi Every day the same dream. Si créer un tel jeu était à ma portée, alors tout serait différent. Un jeu si simple à coder, si sobre dans ses graphismes et avec une seule musique hypnotique en boucle. Évidemment je n’ai pas (encore ?) trouvé d’idée à la hauteur, mais peu importe, le jeu avait fait son office. Bientôt, je proposerai un article à la rédaction de D’une Certaine Gaieté sur les logiciels d’aide à la création, ce à quoi on me répondra : « Et si t’en faisais un atelier de création, plutôt ? » (Merci Hélène). C’est comme ça que l’on a commencé à créer le futur Chômeurs Blaster… et, après avoir découvert les innombrables forums consacrés aux logiciels d’aide à la création, j’ai totalement changé de sujet de thèse pour explorer le passionnant et inexploré continent du jeu vidéo amateur.

every01

Tous les jours, la même surprise. Un continent sur lequel se mêlent recherche du plaisir égoïste et celle du succès, les ambitions artistiques et la passion pour la résolution de problèmes, les revendications décapantes et les anecdotes touchantes. Ce blog sera aussi un espace où je tenterai de partager quelques items rares droppés dans des donjons insoupçonnés. Ahoy !

C’est dans la boite (1)

Pour canaliser mes envies de bidouiller sur le logiciel de création de jeux vidéo Construct 2 (et étant influencé par les jeux minimalistes tels que « 140« , mais on en parlera plus tard), je lance une série de petits tests. Ces prototypes devraient tous, théoriquement, rester dans une boite carrée de 1500×1500 px, en noir et blanc et jouer avec la gravité.

Le premier prototype est accessible ici (sur ma dropbox, en attendant mieux) et visait surtout, pour moi, à tester les modifications d’angle de gravité.

theboxprintscreen

Avis de parution : du jeu à la création

Les cahiers de ludo, la « revue trimestrielle de vulgarisation scientifique, d’éducation aux loisirs et d’éducation permanente » publie un numéro spécial « Jeux vidéo ».

J’y signe un court papier intitulé « Les game designeurs amateurs : du jeu à la création ».

Le PDF du numéro est disponible ici.